Didier DECOIN, La promeneuse d’oiseaux

Première éditions au Seuil, février 1996

Lu en « Points Roman », édition de mai 1997

En couverture, détail du superbe tableau de James Tissot « La Galerie du H. M. S. Calcutta », 1876, Londres, Tate Gallery

Après avoir lu La pendue de Londres, puis Le bureau des jardins et des étangs, voici un excellent moment d’évasion avec La promeneuse d’oiseaux. Didier Decoin, quel écrivain ! Quel conteur au formidable pouvoir d’évocation ! Du pur bonheur d’imagination. « La vraie vie est ailleurs » pourrait dire cette jeune fille en butte à bien des malheurs mais qui continue à rêver sa vie malgré des parents recroquevillés sur leurs habitudes ancestrales dans l’isolement de cette île exiguë.

Jean BOUCAULT et Johnny RASSE, passionnés des oiseaux et virtuoses « chanteurs d’oiseaux » avec Shani DILUKA, piano & Geneviève LAURENCEAU, violon, aux victoires de la musique classique. Le chant des oiseaux a inspiré nombre de compositeur dont Granados, Couperin et même Beethoven.

Voici l’histoire en quelques mots. En 1880, dans l’île anglo-normande d’Alderney, non loin de Guernesey. A la suite d’un accident, Sarah McNeil a presque perdu l’usage de sa voix et vit dans la solitude des landes. Jusqu’à ce que deux évènements bousculent sa vie : la découverte d’une histoire d’amour, rapportée par la gazette d’Édimbourg, et la rencontre d’un maraîcher français nommé Gaudion,  dont le bateau s’est échoué sur la côte. Un baiser plus tard, l’homme exposé à l’hostilité des soldats de l’île, doit repartir. Pour le retrouver la jeune fille usera de tous les stratagèmes. De Londres à Trouville, puis à la prison de Pont-l’Évêque, l’amour fantasmé de Sarah cherche, à force de courage, à s’attirer un destin plus favorable. Chaque personnage rencontré dans son périple est quasi inoubliable tant il représente une facette du genre humain : Hermie le garçon vacher, Gaudion le capitaine du bateau échoué sur l’île, M. Pook l’étrange empailleur, Nicolas Dunglewood le graveur de tombes, Marie Le Faoûet la bonne pessimiste en tout et Sœur Véronique la religieuse amoureuse et prosélyte de Dieu.

Sarah McNeill, au filet de voix si ténu, a des difficultés à se faire entendre, ce qui l’amène à vivre intensément sa vie intérieure.

« En grandissant, à l’âge où les autres enfants sont attirés par les tambours, les crécelles, les pétards, et en général par tout ce qui fait du tapage, Sarah se mit à rechercher le silence. »

Elle n’est pas allée à l’école, c’est son père qui a tenu à lui faire lui-même son éducation en commentant tous les deux les journaux. Son intelligence et sa sensibilité sont évidentes, elle possède aussi une grande naïveté qui la pousse à toutes les péripéties, souvent improbables mais toujours palpitantes sous la plume efficace et poétique de Didier Decoin. Il faut lire ce livre en se laissant happer par la surprise permanente, sans pouvoir anticiper la suite, jusqu’au point final.

Sarah est l’oie blanche, n’hésitant pas à suivre des personnages douteux, attirés par sa beauté et sa sensualité, réussissant malgré tout à se sortir des situations difficiles et continuant son périple avant de revenir comme Ulysse sur son île natale.

Roman d’aventure maritime, de voyage, roman initiatique, il y a de tout cela et avant tout le goût de conter des histoires, les mots, les phrases attirant d’autres phrases vers d’autres lieux et de nouveaux personnages. Attention, il faut être vigilant sur les pistes laissées par Didier Decoin, surtout à la fin… Je connais des lecteurs qui sont passés à côté du dénouement et c’est bien dommage ! C’est un livre plaisant qui m’a beaucoup amusé. Quel titre magnifique !

Dans l’article concernant « Le bureau des Jardins et des Étangs » j’avais donné des éléments de biographie de l’auteur. Lien [ ici ]

Autres citations :

« C’est exactement ce qu’avait espéré Hermie en choisissant de lui fabriquer ce damier et ces pions – qu’elle lui apprenne à jouer, car l’exiguïté du champ de jeu obligerait les deux joueurs à pencher leurs visages l’un vers l’autre, à mélanger leurs souffles et à emmêler leurs doigts en faisant sautiller les pions de case en case. »

« Avant Sarah, les voyageurs lisaient le journal, somnolaient ou jouaient aux cartes sur un coin de banquette. Mais à présent, ils se seraient autour de la jeune fille pour l’écouter leur raconter les mœurs des oiseaux qu’elle promenait. Selon les espèces qu’elle décrivait, leurs aires d’hivernage ou de nidification, les voyageurs avaient l’impression de se promener en forêt ou de longer un étang, de courir sur une lande ou de se pencher au bord d’une falaise. Certains d’entre eux, qui n’avaient en réalité rien à faire dans St. James Street ou Cromwell Road, prenaient exprès l’omnibus pour le seul plaisir d’entendre ces petites conférences improvisées. »

Notes avis Bibliofeel avril 2021, Didier Decoin, La promeneuse d’oiseaux

8 commentaires sur “Didier DECOIN, La promeneuse d’oiseaux

    1. Pas forcément, on a tous une sensibilité différente et on sait bien qu’il est difficile de conseiller un livre. Il est vrai que la fin est troublante et j’ai dû relire les dernières pages pour que je ne trouve pas ce périple totalement inutile. Mais quelques oignons plus tard tout s’éclaire. Ce qu’on va chercher très loin est quelquefois tout à côté de nous. Pas si mal comme démonstration. Bonne journée ☀️

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  1. Les sujets que traite Didier Decoin dans ses ouvrages sont toujours très attrayants, mais la déception provoquée par « Est-ce ainsi que les femmes meurent ? » m’a dissuadée de le relire. En revanche j’ai sur mes étagères son Dictionnaire des faits divers, dans lequel je pioche de temps en temps avec plaisir !
    Ingannmic (https://bookin-ingannmic.blogspot.com/)

    Aimé par 1 personne

    1. Je n’ai pas lu ce livre là. Je comprends que dans ce cas l’envie ne soit pas au rendez-vous pour reprendre un autre roman de Didier Decoin. Cela m’arrive aussi… Si la déception est profonde, c’est définitif. J’ai eu ce cas avec Andreï Makine que j’ai beaucoup lu avant d’être profondément déçu. Je n’en suis toujours pas là avec Didier Decoin après « la pendue de Londres », « La promeneuse d’oiseaux », « Une anglaise à bicyclette » et « Le bureau des jardins et des étangs ». Merci pour le commentaire et à bientôt pour de nouveaux échanges !

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  2. Je dois l’avouer : ce sont avant tout la belle couverture du livre et cette jolie photographie qui ont attiré mon regard. Le résumé, étonnamment, me laisse un peu plus circonspecte, comme si ce roman pouvait me plaire, mais pas tout de suite… Je laisse donc mûrir l’idée !

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