Jacqueline de ROMILLY, Dans le jardin des mots

Paru aux Editions de Fallois en mars 2007

Ce pommier décoratif pour célébrer cette auteure c’est le Malus Evereste. Rien à voir avec l’Everest, il doit son nom à un jeu de mot, EVE (la pomme…)
et RESTE (les fruits restent tout l’hiver) – EVERESTE –

La place des femmes est actuellement, bien souvent, au cœur de l’actualité : salaires plus bas que ceux des hommes, faible représentation dans les cercles dirigeants, sexisme quand ce ne sont pas des violences physiques… Le constat est plutôt convaincant sans que se dessine nettement une évolution rapide sur tous ces sujets. En effet le prolongement législatif et financier pouvant faire évoluer rapidement cette situation semble assez faible.

Ce livre, « Dans le jardin des mots » de Jacqueline de Romilly de l’Académie française, comme il est précisé sur la couverture, me donne envie de mettre au premier plan une de ces femmes exceptionnelles – elles sont nombreuses – ayant marqué leur temps, et d’interroger la place qui est la leur au sein d’une institution aussi conservatrice que l’Académie française !

Jacqueline de Romilly, appartenant au passé, a encore des choses à nous dire. Elle est à la jonction d’un monde qui s’estompe, celui d’une culture large et ancienne, et d’un monde moderne où l’efficacité et l’entreprise souveraine privilégie l’immédiateté.

Elle a été la première femme Professeure au Collège de France, puis la première femme membre de l’Académie des Inscriptions et belles-Lettres. Elle a été la deuxième femme, après Marguerite Yourcenar, à entrer à l’Académie française en 1988. Elle est la seule femme à avoir été membre de deux académies de l’Institut de France (qui possède au total 5 académies puisqu’il existe également l’Académie des sciences, l’Académie des beaux-arts et l’Académie des sciences morales et politiques). Loin de moi l’idée de faire la gloire des Académies et de leur fonctionnement mais, tout comme les cathédrales, elles sont un bien commun et font partie d’un legs culturel précieux. Je viens de visiter l’Institut de France, quai Conti à Paris, et j’ai ressenti cet incroyable poids de l’histoire qui arrive jusqu’à nous.

Pour l’Académie française ce sont 40 fauteuils et un 41ème, dit-on, fictif bien entendu, pour tous ceux qui n’ont jamais siégé. Ils sont nombreux et ont portant gagné la postérité : Descartes, Molière, Pascal, Rousseau, Diderot, Beaumarchais, Balzac, Flaubert, Stendhal, Maupassant, Baudelaire, Zolaalors que bien des écrivains ont siégé et sont maintenant totalement oubliés. Et actuellement certains siègent on ne sait pas trop pour quelle œuvre littéraire : je me souviens que l’élection de Valéry Giscard d’Estaing ou encore celle d’Alain Finkielkraut ont donné lieu à de vives contestation.

Tous ces braves académiciens passeront au grand tamis du temps qui semble ne pas faire trop mal son travail si on en juge par les recalés.

Jacqueline de Romilly, académicienne donc, a consacré sa vie à la langue grecque et à la sauvegarde des enseignements littéraires. Elle a enseigné le grec ancien dans les écoles les plus prestigieuses – La Sorbonne, École normale supérieure, Collège de France, Universités –. Elle affirmait « nos ennemis ne sont pas à l’extérieur, mais bien à l’intérieur des institutions », visant des Ministères de l’Éducation nationale toujours occupés à couper dans des programmes culturels, littéraires ou autres, non directement nécessaires, de leur point de vue, au fonctionnement économique stricto sensu.

Dans ce livre, elle choisit des mots et en précise l’origine, les évolutions d’usage. Ainsi, elle nous guide dans ce beau jardin (c’est aussi un beau titre) où, à côté du mot carotte on trouve la couleur, voire le paquet de tabac et même la forme de l’enseigne des bureaux de tabac.

Au gré des parcours dans les allées de ce jardin extraordinaire, on pourra :

  • visiter le mot omnibus, transport pour tous qui devient autobus, deux termes accolés mais sans le sens originel.
  • apprendre si on ne le sait pas que le h à l’intérieur des mots signale une origine grecque (comme théâtre, orchestre…) et que Homme avec sa racine latine, signifie né de la terre, ce que beaucoup ont oublié.
  • que catholique signifie étymologiquement universel, qui s’applique à l’humanité entière, ce que l’on oserait difficilement affirmer aujourd’hui si on estime que le respect des différences est une bonne chose. De même orthodoxe signifie, qui fait la bonne interprétation, donc un point de vue limité…
  • s’arrêter sur les beaux mots autour de la couleur rouge : vermeil, vermillon, garance, amarante (rouge foncé), pourpre, écarlate, cramoisi, grenat, rubicond…
  • être intrigué par l’évolution du verbe s’étonner, anciennement c’est être comme frappé par la foudre, un terme qui a perdu beaucoup de sa force.
  • décortiquer le mot roman… au départ il désigne un texte écrit en langue romane et que le bouquin est un mot emprunté au néerlandais où on retrouve le terme anglais et allemand pour livre, book et Buch…
  • s’intéresser au terme gauche, sinister en latin qui a donné sinistre en français… pour dire l’aspect péjoratif de ce terme… jurer de la main gauche ou se marier de la main gauche et autres expressions du même ordre. Est-ce un avantage pour la communication de la droite au niveau politique ?
  • réfléchir au sens d’hôte décliné en hôtel et hôpital : à l’origine en grec il n’y avait qu’un mot : xénos désignant à la fois l’hôte et l’étranger du fait d’un rapport à l’hospitalité très fort. De nos jours xénos n’existe plus que dans le terme xénophobe ! Soit le contraire de l’hospitalité grecque…

Jacqueline de Romilly affirme qu’une langue mal utilisée peut disparaître, le latin a donné le bas latin avant de disparaître totalement, ce qui a correspondu à la chute de l’empire romain… Nous sommes prévenus et sommés de bien cultiver le jardin partagé des mots.

Au final un joyeux bric-à-brac qui a toujours sa place dans une bibliothèque d’amoureux des livres et des bons mots…

Notes avis bibliofeel décembre 2019, Jacqueline de Romilly, Dans le jardin des mots

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.