Belinda BAUER, ARRÊT D’URGENCE

Edition BELFOND, paru en juin 2020 Titre original SNAP Traduit de l’anglais par Christine Rimoldy

ARRÊT D’URGENCE de Belinda Bauer, un livre sélectionné pour le prestigieux prix « Man Booker Prize » sous le titre SNAP

Un jour d’été torride dans le sud de l’Angleterre. Jack, un garçon de 11 ans, est assis dans une voiture en panne, sur la bande d’arrêt d’urgence d’une autoroute. Il attend le retour de sa mère partie téléphoner à la prochaine borne afin d’obtenir des secours. Jack est avec ses deux petites sœurs, Joy âgée de 9 ans et Merry 2 ans dans son siège auto. En quittant la voiture sa mère lui a donné la consigne de veiller sur elles. Un bon départ pour ce roman policier, bien anxiogène, avec ces enfants abandonnés sur une autoroute, ce qui ne vaut pas mieux que d’être abandonné au milieu de l’océan. Bien sûr on devine que la maman ne reviendra pas et que leur vie a changé pour toujours. Trois ans après, Jack est toujours en charge de ses sœurs, le père à la dérive ayant quitté le domicile. Il se débrouille comme il peut pour s’occuper de la petite famille, en se cachant des voisins et en vivant de vols dans les alentours. Par hasard, il comprend ce qui est arrivé à sa mère, Eileen Bright, et va chercher à découvrir toute la vérité sur cette disparition qui le hante.

Les premiers chapitres sont conçus comme une mise en place de l’action. Après le récit des événements réels sur l’autoroute vont alterner des chapitres exposant la situation, trois ans plus tard, de différents personnages dont on ne sait pas ce qui les relie :

  • le traumatisme de Jack qui revit constamment la scène initiale sur l’autoroute, dans ses cauchemars, ce que j’ai trouvé original.
  • la présentation de Catherine et Adam, un couple où règne une certaine anxiété, elle enceinte et lui souvent absent pour son travail.
  • la description d’une équipe de flics croquignolesque : John Marvel tout frais arrivant dans le West Country région au sud-ouest de l’Angleterre suite à une mutation pour un manque de résultat dans les affaires criminelles à Londres. Il est entouré de Rice, une femme qu’il dédaigne, de l’inspecteur Parott et de l’officier de police Reynolds.
  • la mise en place d’une souricière occupée par Reynolds et Elisabeth Rice, afin de tenter de coincer un voleur surnommé Boucle d’Or.

Ensuite tous ces chemins, ces époques et ces personnages vont finir par se rejoindre. Le lecteur a déjà lu environ 200 pages… C’est long mais cela vaut la peine, les différents fils de la trame vont bientôt former une toile permettant de résoudre l’affaire. La fin du roman est prenante et je n’ai plus eu de doute sur l’intérêt de cette lecture.

Au départ j’ai été gêné par des phrases qui sonnaient désagréablement. Par exemple :

« Elle se redressa dans le lit en grognant, tandis qu’une succession de gargouillis intempestifs se déclenchaient sous le poids de son ventre occupé, et elle chassa le chat du lit. »

D’accord, Catherine est enceinte et veut chasser ce maudit animal, mais c’est plutôt mal relaté !

Autre exemple, là c’est l’inspecteur Parott qui est ainsi décrit :

« Parrott était extrêmement maigre – ou il portait un uniforme extrêmement grand. Marvel n’aurait su dire ce qu’il en était au juste, mais il estima qu’il pourrait glisser une bouteille de lait ans le col de ce gars sans qu’il ait froid au cou. »

Je pense, sans en être sûr, que la traduction a été trop littérale, sans se préoccuper suffisamment du rythme des phrases. La qualité du scénario méritait une mise en musique d’un niveau supérieur et plus de notes de bas de page quand c’est utile, par exemple pour expliquer le nom du bébé de Louis, l’ami de Jack : « Baz. Le Bazster. Bazman. Baz Baby Bunting. »

Heureusement la lecture de la 2ème moitié du livre devient bien plus fluide. Tout s’est mis en place : l’auteure, la traductrice, Jack, l’inspecteur Marvel, et le lecteur que je suis, ont fini par trouver l’harmonie !

Les reproches sont mineurs. C’est un bon roman policier et un bon roman tout court. J’ai aimé retrouver une ambiance à la Dickens (cité par l’auteure plusieurs fois). La vie des gamins dans la maison avec tous les journaux amassés a bien mobilisé mon imagination. Les personnages sont savoureux, bien décrits. Je verrais tout à fait une adaptation en bande dessinée ou en film. L’humour est bien présent et je me suis délecté des remarques de Marvel, exprimées dans son for intérieur :

« – Vous aimez les chats ? demanda Marvel.

– Oh, je les adore ! s’écria-t-elle, ses yeux écarquillés le fixant d’un regard à la fois enthousiaste et étrangement déstabilisant. Et vous ?

– Moi aussi, répondit Marvel.

Il détestait les chats – il ne pouvait pas souffrir ces petits cons hautains ; mais il faisait la pute pour soutirer des informations. Elle lui décocha un grand sourire. »

Ce qui est dit des couteaux, personnages à part entière du récit, est intéressant et donne une autre dimension à l’histoire, se tournant ostensiblement vers le fantastique :

« L’ormeau était un nuage d’orage tumultueux, capturé et dompté par le manche lisse et tiède qui épousait comme par magie la forme de sa paume. Son pouce effleura l’ergot serti d’un diamant et le couteau sembla s’ouvrir ! Comme s’il savait que Marvel le souhaitait, il exauça son vœu avant même qu’il ait exercé sur lui la pression perceptible. Aucune hésitation. Aucun accroc. Aucune friction. La lame jaillit telle une créature vivante, attentive à son moindre désir. Dentelée d’un côté, incurvée de l’autre jusqu’à la cruauté. »

Par cette lame, la littérature jaillit et nous touche au meilleur moment du récit.

J’ai aimé écrire cette chronique et recommande ce livre malgré les quelques faiblesses signalées. Je remercie l’équipe du site Babelio ainsi que les éditions Belfond pour cet envoi et pour cette lecture originale à l’ambiance british, généreuse avec les personnages, sans surenchère de violence gratuite. Ce n’est pas un roman policier hyper compliqué au niveau de l’enquête mais c’est mieux que ça, tout se tient et sans à-coups, les petits ruisseaux du départ arrivant naturellement à la conclusion. Avec Jack, on réfléchit à la difficulté de survivre après un tel traumatisme. Un livre qui va prendre sa place dans ma bibliothèque avec sa belle couverture bleue et blanche, et qui restera dans ma mémoire.

Le livre a pris encore plus d’intensité quand j’ai découvert que Belinda Bauer s’était inspirée du meurtre d’une femme enceinte, Marie Wilks, sur la M50 en 1988. Un crime qui n’a jamais été élucidé… La littérature est bien plus puissante que la réalité, mais ça on le savait !

Notes avis Bibliofeel juin 2020, Belinda Bauer, Arrêt d’urgence

3 commentaires sur “Belinda BAUER, ARRÊT D’URGENCE

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