Jim HARRISON, Péchés Capitaux

Publié en 2015, traduit par Brice Matthieussent

C’est une vraie découverte pour moi que ce récit, où l’auteur donne une vision très personnelle du monde et des États-Unis, bien loin des clichés véhiculés depuis des lustres. Un auteur majeur que l’on peut tout à fait recommander d’autant plus que la lecture est agréable et surprenante page après page.

J’aurais pu aussi bien le classer en roman moderne qu’en roman policier, avec une réflexion philosophique. Au final, je le rattache plus au roman policier par la forme du récit et par le style qui utilise pas mal d’argot (et il est indiqué en dessous du titre : « faux roman policier »). Tout classement est arbitraire et je suis persuadé que ce sont les livres les plus inclassables qui donnent le plus au lecteur et qui resteront le plus longtemps dans l’histoire des lettres.

Au départ il y a cette famille dégénérée et maudite, les Ames, et leur violence meurtrière, Sunderson, ancien inspecteur à la retraite dans le Michigan, se chargera de tenter de résoudre l’énigme. Sunderson, adepte de la pèche, des grands espaces et de la bonne bouffe, c’est bien sûr, Harrison lui-même…

Habituellement le récit policier se termine par la découverte du coupable et dans les moins réussi, la confession par le meurtrier lui-même… Là, rien de tel, découvrir le coupable est plutôt secondaire.

Les Ames (nom de ce clan violent qui écume la région) sont peut-être aussi les « âmes » humaines imprégnées de leurs péchés révélés par la religion, les Sept Péchés Capitaux (orgueil, avarice, envie, luxure, gourmandise, colère et paresse) auquel l’auteur en ajoute un huitième, la violence. C’est là le vrai sujet car derrière le roman policier se cache une véritable réflexion sur cette violence :

« L’ajout de la violence à la liste des Sept Péchés Capitaux n’avait apparemment aucun fondement théologique solide. A certaines époques, toutes les religions semblaient se complaire dans la violence avec la bénédiction des plus hautes autorités spirituelles, et le Moyen-Orient paraissait ne s’être jamais remis des croisades. Le pape Borgia, Alexandre VI, n’avait de toute évidence eu aucun scrupule à assassiner ses ennemis. Al-Qaida se servait de la foi pour pousser au meurtre. Un historien de talent pourrait comptabiliser les victimes assassinées par les musulmans et les chrétiens. On se demande ce que Mahomet et Jésus pensent de cette immense conflagration qu’on appelle l’Histoire. »

Le rappel du génocide indien sur lequel s’est construit son pays est judicieusement accolé à ce péché capital avec ses dix millions d’âmes exterminées (pour ne conserver que quelques centaines de milliers d’Indiens dans des réserves).

Les femmes sont systématiquement irrésistibles pour ce policier retraité qui ne pêche pas que les truites. C’est Mona, Sara, Monica, Laurel et bien d’autres qui sont l’objet de ses désirs et surtout Diane, dont il ne se remet pas suite à leur divorce et qu’il cherche à regagner. A noter que la violence, huitième péché capital et péché le plus condamnable pour Harrison, traîne systématiquement aux basques masculines alors que les femmes sont, soit victimes, soit manipulées.

La nature est omniprésente et toujours en toile de fond de l’action ainsi que la religion et son pouvoir décrit par l’auteur comme néfaste.

Enfin au détour d’un voyage de Sunderson en Espagne puis à Paris c’est l’évocation du grand poète Federico Garcia Lorca assassiné par les milices franquistes en 1936.

J’ai considéré ce formidable dernier chapitre comme un hommage à l’Europe et à la poésie dont raffole Harrison (dommage que la poésie ne passe pas plus facilement la barrière des langues…).

Jim Harrison est au tout premier plan de la littérature américaine (on devrait dire Etats-unienne)… Découverte d’un auteur cultivé, intéressant qui a écrit des dizaines de romans, pas mal de recueil de poésie et plusieurs scénarios de films.

Note avis bibliofeel avril 2019, Jim Harrison, Péchés Capitaux

3 commentaires sur “Jim HARRISON, Péchés Capitaux

    1. Merci pour ce commentaire encourageant. Je reviendrai prochainement sur Jim Harrison avec son « Légende d’automne », trois nouvelles écrites bien plus tôt dans sa vie en 1979 et intéressantes pour découvrir cet auteur atypique.

      Aimé par 2 personnes

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.