Isabelle SOLER, Portraits crashés

Éditions L’Harmattan, paru en août 2021

Collection Écritures fondée par Maguy Albet et Jérôme Martin

Quels portraits ! J’ai aimé la couverture du livre et le titre qui donnaient tellement envie de lire ce récit. Évidemment avec une telle présentation, je ne devais pas m’attendre à des histoires de roman de gare…

De Marie à Gabrielle et à Adèle, de Christine à Jo, une galerie de portraits « crashés » en quête d’une porte qui s’ouvrirait enfin sur autre chose que la soumission et le malheur. Je ne tenterai pas de résumer un récit à la construction habile, torturée comme le sont les cœurs et les corps de bien des personnages présentés ici. Disons qu’il faut être attentif pour ne pas perdre le fil qui relie chacun des chapitres annoncés par un prénom et un terme donnant une certaine indication : Espérance, Émancipation, Fusillade, Silences, Dressage, Folie, Sauvetage, Fuites, Amnésies, Premier prix, Lumières, Colin, Trafic et enfin un lieu, En Bourgogne.

On part d’emblée sur ces violences faites aux femmes dont les dégâts sur la vie future et les enfants sont considérables. Se reconstruire est envisagé dans la seule démarche individuelle, chacun se débattant dans son marasme personnel. La résilience prend beaucoup de temps, aucune aide de la société, des institutions… Elle chemine sur plusieurs générations, l’embellie survient difficilement dans ce livre, comme il est dit dans la quatrième de couverture, teinté de noir.

Isabelle Soler pratique le piano et sculpte l’argile. C’est pour cela, certainement, que le chapitre « Jo-Premier prix » sonne si juste et qu’elle semble sculpter les âmes à grands coups d’ébauchoirs. La structure du récit est comme cet éclair qui tombe du ciel vers la terre en projetant des racines éphémères d’un côté et de l’autre. Épisodes d’orages qui éclatent après de brève période de calme relatif, les comparaisons imagées augmentant l’effet produit sur le lecteur.

 C’est un premier roman intéressant avec les faiblesses du premier écrit : j’ai trouvé peu vraisemblable le chapitre « Jo-Dressage » et j’ai eu du mal à visualiser l’action dans : « Christine-Fusillade », ce qui a eu tendance à faire vaciller mon attention… Heureusement, la qualité de plume est là et réserve bien des surprises –  l’autrice est rédactrice professionnelle et anime des ateliers d’écriture créative – maintenant mon intérêt jusqu’au dénouement. Au final, la structure de récit, dans cette sorte de puzzle familial et tragique, représente bien ces vies cherchant leur chemin à partir d’une histoire souche abimée. Un livre utile pour une prise de conscience nécessaire des terribles conséquences des violences faites aux femmes. Le sujet est d’actualité et c’est une très bonne nouvelle. Isabelle Soler, à l’instar de la citation placée en exergue, ne fait pas dans la demi-mesure : « Un romancier est un médecin qui ne s’occupe que des incurables. » John Irving.   

J’adresse un grand merci aux Éditions l’Harmattan et à sa collection Écriture pour cette lecture.

Quelques citations :

«  Son époux est directeur de la prison d’El Coudiat, sur les hauteurs de Constantine. Il a tous pouvoirs ici, ce qui atténue un peu sa banalité. Ni grand, ni beau, ni intelligent, il s’est hissé en haut de la fameuse échelle sociale à force d’opiniâtreté et de quelques bassesses. »

« L’hiver commençait à se profiler doucement. On le mesurait aux marronniers nus, et aux bourrasques qui tournoyaient, folles de rage d’être prisonnières des pâtés de maisons. »

« Son père rentrait de mission en fin de semaine. Sa carrière de militaire se clôturait sur quelques sales boulots au Nigeria où il avait pris goût aux peaux noires et à l’exercice abusif de l’autorité. Chaque retour ressemblait à une grenade qu’on dégoupille. Simonetta avait pris l’habitude de vivre seule et s’était ceinturée de lard au fur et à mesure des mois de solitude. »

Notes avis Bibliofeel octobre 2021, Isabelle Soler, Portraits crashés

7 commentaires sur “Isabelle SOLER, Portraits crashés

  1. Ce thème romanesque devient vraiment très courant. J’ai l’impression que la moitié des romans actuels parlent des violences faites aux femmes. Peut être même les trois quarts. Je me demande pourquoi. C’est bizarre. Les éditeurs doivent y être pour quelque chose.

    Aimé par 1 personne

    1. Je me suis fait la même remarque… Si seulement cela permettait de revoir certaines conditions sociales et économiques afin de lutter véritablement contre ce problème. Les moyens accordés à la justice par exemple…

      Aimé par 1 personne

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