George SAND, Un hiver à Majorque

Edition Cort de 2008, avec de belles illustrations dont de nombreux dessins de Maurice Sand. Photographie de 1ère page de couverture : portrait à l’huile d’Auguste Charpentier. Musée Frédéric Chopin-George Sand à la Chartreuse de Valldemossa, Majorque, île des Baléares

Jardinière de magnifiques campanules blanches en hommage à notre grande dame de Nohant et de son voyage à Majorque avec Frédéric Chopin !

Il est intéressant de lire, à notre époque où le tourisme explose, cette sorte de premier guide de voyage de Majorque, écrit de la belle plume de notre chère George. Pour ma part j’ai eu la chance de le lire dans l’avion, de retour de cette belle île de Majorque et après avoir visité le musée et la Chartreuse de Valdemossa, sur les pas même des deux amants et des enfants de Georges, Solange et Maurice, âgés alors de 10 et 14 ans.

On est en 1838 et les voyages constituent une mode très récente, quelques dizaines d’années tout au plus. On se lance dans les voyages à cette époque quand on a les moyens et beaucoup de temps libre car on part pour plusieurs mois (pas d’agence de voyage, ni de guide du routard, ni de vol charter, ni même de trains qui ne seront mis en place qu’entre 1830 et 1860…). On voyage en diligence et en bateau. Les dangers sont nombreux et l’accueil inexistant si on n’a pas de connaissances sur place. A lire ce livre on comprend vite la différence entre voyage et tourisme ! Pas de confort ici, seulement le choc qui sera rude entre une culture et une autre. Est-ce que George Sand et son nouvel amant, Frédéric Chopin, y sont préparés ? Non, visiblement pas… « Il ne s’agit pas tant de voyager que de partir : quel est celui de nous qui n’a pas quelque douleur à distraire ou quelque joug à secouer ? ».

Au final, George Sand évoque ce voyage avec amertume car l’accueil majorquin a été glacial, dans tous les sens du terme. Elle relate dans son récit paru en 1842 : « Cette relation, déjà écrite depuis un an, m’a valu de la part des habitants de Majorque une diatribe des plus fulminantes et des plus comiques » et aussi, s’adressant à son ami François Rollinat : « Je t’en fais donc grâce, et me bornerai à te dire, pour compléter les détails que je te dois sur cette naïve population majorquine, qu’après avoir lu ma relation, les plus habiles avocats de Palma, au nombre de quarante, m’a-t-on-dit, se réunirent pour composer à frais communs, d’imagination un terrible factum contre l’écrivain immoral qui s’était permis de rire de leur amour pour le gain et de leur sollicitude pour l’éducation du porc. »

Frédéric Chopin est venu pour la première fois à Nohant au printemps 1838. Un peu plus d’un an après, George propose un voyage à Majorque pour profiter du climat favorable pour Maurice, son fils à la santé fragile, et pour Chopin qui tousse beaucoup... C’est aussi une façon de s’éloigner de Paris afin de profiter d’une escapade amoureuse. Le voyage dure du 1er novembre au 22 février 1839.

Ils vont trouver une maison à Palma, au nom prémonitoire « Son vent », mais la toux de Chopin inquiète les Majorquins qui redoutent la contagion et les voyageurs vont devoir déménager. Ils se réfugient à la Chartreuse de Valdemossa, sans aucun confort et avec un approvisionnement en nourriture difficile. George Sand ne décolère pas, elle n’a pas de mots assez durs pour décrire ces majorquins, paresseux et fourbes… Est-ce le reflet des préjugés de l’époque ? Une volonté de revanche sur un voyage qui n’a pas tenu ses promesses ? Une amertume face à un séjour destiné à améliorer la santé de Chopin et qui l’a en fait aggravé (celui-ci mourra de tuberculose moins de 7 ans après la parution de ce récit) ? D’ailleurs elle ne voyagera plus beaucoup après ce séjour majorquin.

Les chemins impraticables ou inexistants et le climat pluvieux accablent les voyageurs malheureux : « Et pourtant vous arrivez quelquefois sain et sauf, grâce au peu de balancement de la voiture, à la solidité des jambes du cheval, et peut-être à l’incurie du cocher, qui le laisse faire, se croise les bras et fume tranquillement son cigare, tandis qu’une roue court sur la montagne et l’autre dans le ravin. »

Les descriptions rappellent la beauté et le mystère de la nature du Berry natal dans la « Mare au diable » ou « François le Champi » : « A Majorque, elle fleurit sous les baisers d’un ciel ardent, et sourit sous les coups des tièdes bourrasques qui la rasent en courant les mers. »

On partait donc à l’époque beaucoup moins souvent mais beaucoup plus longtemps. Cela s’est inversé totalement ! Le dépaysement était total car les cultures étaient alors bien différentes, le  nivellement culturel dû à la mondialisation économique n’était pas « en marche ». L’intensité du voyage était très forte, à opposer à l’organisation et à la sécurité offerte par les compagnies modernes qui proposent, moyennant finances, des séjours « clés en main ». Paris – Barcelone à cette époque c’est 15 jours de voiture à cheval, ensuite la traversée vers Majorque sur un bateau à vapeur en compagnie de cochons qui ont bien plus de valeur que ces touristes encombrants…

Ce récit montre une fois de plus la modernité, la liberté, la soif d’expériences de George Sand, elle qui a tant aimé voyager (Chamonix, Venise avec Alfred de Musset, Majorque pour ne citer que les principaux). Elle fait preuve d’une intolérance étonnante dans ce récit, dont j’ai tenté d’expliquer la cause. Elle n’en reste pas moins une femme incroyable et extraordinaire du 19ème siècle et un pilier de notre patrimoine culturel !

Voici un lien intéressant pour qui voudrait en savoir plus sur ce voyage et sa transcription en littérature selon George Sand : https://journals.openedition.org/etudesromanes/925

Voir aussi article George Sand, Histoire de ma vie, bibliofeel, avril 2019

Notes avis bibliofeel juillet 2019, George Sand, Un hiver à Majorque

2 commentaires sur “George SAND, Un hiver à Majorque

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