Irène FRAIN, Marie Curie prend un amant

Paru en octobre 2015, éditions du Seuil††

Des fleurs de clématites en l’honneur de Marie Curie, une femme attachante et géniale, une destinée qui vaut bien ce beau roman !

Le nom de Marie Curie est célèbre, surtout pour les écoles, collèges, lycées, rues qui portent son nom… Mais que sait-on de cette femme pionnière dans bien des domaines et qui a eu un destin vraiment exceptionnel ? Irène Frain a enquêté et écrit ce roman passionnant. C’est une très bonne idée pour ne pas oublier cette petite femme polonaise à l’origine de tant de travaux prodigieux, ayant aimé, d’abord Pierre, son mari, et ensuite Paul… Un livre agréable à lire et instructif. On peut s’instruire en s’amusant !

En 1903, le prix Nobel est attribué au couple Pierre et Marie Curie qui ont découvert deux nouveaux éléments chimiques, le polonium (baptisé ainsi en l’honneur de Marie, exilée polonaise) et le radium,  Marie avait nommé leur rayonnement inconnu jusqu’alors : « radioactivité ». « Elle devint ainsi la première femme à recevoir le Nobel. Certains doutaient toujours de son génie scientifique. Mais cinq ans et demi après la mort de Pierre, victime d’un banal accident de la circulation, le Nobel lui fut encore attribué, cette fois au titre de la chimie. A l’heure où j’écris ces lignes, elle reste la seule femme au monde à avoir reçu cette double consécration. Elle les mérite largement : chacun de nous, quand il passe une radiographie, lui doit l’allègement de ses inquiétudes ou de ses souffrances, quand ce n’est pas la vie. Et combien de cancers vaincus grâce aux rayons de la « curiethérapie » ?

Irène Frain donne le ton, elle va nous parler d’une femme hors du commun, cette femme qui disait : « Premier principe : ne jamais se laisser abattre ni par les personnes, ni par les évènements ». Phrase à méditer encore aujourd’hui… Tout le roman est centré sur la femme amoureuse qui a existé à côté de la scientifique, l’enquête sérieuse d’Irène Frain le montre de façon convaincante.

Alors, quand Marie prend un amant en la personne de son ami Paul Langevin, physicien célèbre et marié, 5 ans après la mort accidentelle de Pierre en 1906, c’est le scandale orchestré par Henri Bourgeois, le beau-frère de Paul. Il est de ceux qui vont user de tous les moyens y compris l’effraction, vol de lettres, racket afin d’abattre la femme de sciences, d’origine étrangère. Avec Gustave Théry, directeur du journal «  l’œuvre », dans la mouvance de l’action française, ces talibans de l’époque en France, qui tolèrent la femme seulement dans l’activité ménagère et les enfants. Elle dérange, cette femme célèbre dans le monde entier, géniale et amoureuse.

Irène Frain nous décrit un groupe d’universitaires et de chercheurs soudés, progressistes, tout à fait en avance sur leur temps, la bande du 108, là où se trouvait la maison des Curie. Trop progressistes ? ( d’abord en faveur de la science, de façon totalement désintéressée. J’ai découvert par ailleurs que Marie Curie n’a jamais déposé de brevet, persuadée que l’humanité entière devait pouvoir bénéficier gratuitement des avancées scientifiques !!!). C’est peut-être pour cela que l’on cherche à les atteindre. On est dans les années qui ont suivi la condamnation du capitaine Dreyfus, le contexte est à l’antisémitisme et à la haine de l’Empire allemand (et des étrangers…) à la suite de l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine en 1871.

Son nom de naissance était Maria Salomea Skłodowska, née en 1867 à Varsovie

Je trouve que le travail de documentation, l’équilibre entre le respect des faits historiques et le choix d’une version romanesque sont remarquables. Un simple livre de compte, étudié dans le détail, donne une multitude d’indications précieuses sans lesquelles on ne saurait pas grand-chose de l’histoire de Marie et de Paul.

L’auteure précise « Ce livre est une reconstitution. Comme telle, il comporte une marge d’incertitude et de conjecture. Il est aussi le fruit d’une enquête, au sens où les historiens entendent ce mot… Je n’aurais donc pu mener à bien mon projet si je n’avais pu avoir accès à ces carnets de compte. ». Elle admet qu’à un moment « l’écrivain prend le pas sur l’enquêteur. Après l’investigation, il entreprend la revisitation empathique d’un destin. Les informations qu’il a recueillies ne sont plus  qu’un outil qui lui sert à tenter de ressusciter le « roman vrai » d’un être d’exception. Encore faut-il qu’il distingue clairement, dans son dispositif d’écriture, la part de sa subjectivité et des faits objectifs. »

La proximité d’une presse avide d’audience, sans scrupule, et de politiques du même tonneau, nous montre que rien n’a changé ou presque. Henri Bourgeois a même eu la Légion d’honneur et Théry, « le signe torchon », comme le nomme Irène Frain, sera inhumé en présence d’Édouard Herriot et du futur Président Vincent Auriol…

Marie Curie est décédée en 1934 suite à une leucémie, vraisemblablement en rapport avec une trop grande exposition aux éléments radioactifs qu’elle a étudiés.

En 1948, la petite fille de Marie Curie épousera le petit fils de Paul**… Un romancier n’aurait pas osé ce scénario improbable mais si romanesque.

C’est la grande histoire à travers les petits détails… Comme ce poème très touchant recopié par Marie, le Liebestraum qui servit à Liszt pour son célèbre nocturne avec ces premiers vers sublimes :

O lieb’, solang du lieben kannst!, O lieb’, solang du lieben magst!, Die Stunde kommt, die Stunde kommt, Wo du an Gräbern stehst und klagst!

Und sorge, daß dein Herze glüht, Und Liebe hegt und Liebe trägt, Solang ihm noch ein ander Herz, In Liebe warm entgegenschlägt!

Und wer dir seine Brust erschließt, O tu ihm, was du kannst, zulieb’! Und mach’ ihm jede Stunde froh, Und mach ihm keine Stunde trüb!

« Aime autant que tu peux aimer, aime autant que tu veux aimer… Veille à ce que ton cœur brûle, qu’il soigne l’amour, qu’il porte l’amour… L’heure viendra, l’heure viendra, où près d’une tombe tu gémiras… Et pour qui t’ouvre son cœur, rends pour chaque heure une heure de joie… »

Regardez les photos de Marie Curie… Son regard est d’une douceur troublante, mélange de ténacité et de vision vaste et poétique !

**Cette petite fille de Pierre et Marie est la physicienne Hélène Langevin-Joliot, née le 19 septembre 1927 et dont on peut retrouver sur internet la conférence passionnante qu’elle a donné le 29 mai 2012 à Rennes : « Marie Curie et son temps ». C’est un document vraiment émouvant que l’on peut visionner intégralement en suivant le lien : https://www.espace-sciences.org/conferences/mardis-de-l-espace-des-sciences/marie-curie-et-son-temps

On peut aussi retrouver des diaporamas et vidéos intéressantes sur l’univers de « Marie Curie prend un amant » sur la page d’accueil du site : http://www.irenefrain.com/accueil.php

Notes avis bibliofeel juillet 2019, Irène Frain, Marie Curie prend un amant

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