George ORWELL, Dans la dèche à Paris et à Londres

Après avoir lu la nouvelle traduction de 1984, j’avais envie de découvrir d’autres écrits de George Orwell. J’ai suivi le conseil de la libraire de « la boîte à livre » qui m’a recommandé ce récit en grande partie autobiographique… Et je n’ai pas eu à le regretter !

Eric Arthur Blair (c’est le nom de naissance d’Orwell) est né en 1903 dans les Indes Britanniques. Après des études très prometteuses en Grande-Bretagne, il repart en 1922 vers la Birmanie pour intégrer la police au sein de l’administration coloniale. Il démissionne en 1927, écœuré, semble-t-il, par la brutalité de l’impérialisme britannique. Il va explorer le milieu de l’extrême pauvreté à Londres à l’automne 1927, puis pendant quelques semaines alors qu’il réside à Paris à l’automne 1929 et qu’il se trouve à court d’argent. Ces galères, en partie choisies afin d’alimenter l’œuvre littéraire qu’il se propose de bâtir, sont racontés dans l’ordre inverse (même s’il tente de reprendre l’expérience quelques jours après son retour à Londres). On a en première partie le récit de galère à Paris et dans une deuxième partie, la vie partagée avec les « chemineaux » à Londres. C’est un choix très habile car la faconde et l’humour de la première partie permette de rentrer totalement dans le récit qu’on ne quittera plus, même dans cette deuxième partie plus difficile, plus sordide nous plongeant dans le cauchemar quotidien de ceux occupés à survivre au quotidien, ceux-là même qu’on évite de regarder, surtout de si près. Orwell peut, de cette façon, terminer son récit par quelques pages bien senties, donnant son avis concernant la pauvreté et les chemineaux ainsi que sur la façon dont on pourrait mieux organiser les choses.

Bon ! Les lois sociales et d’autres grands hommes sont passés par là ; il y a eu le front populaire, le programme social après la deuxième guerre mondiale, mai 68… Mais certains mettent toute leur énergie à faire tourner la machine en sens inverse. Le chômage de masse, les réfugiés et une austérité érigée en dogme absolu, tout un système dit libéral laisse place à de plus en plus de gens démunis, à la rue, sans aucune assistance quelquefois, faute de place et de moyens.

Revenons à « Orwell dans la dèche » pour dire combien sont admirables les chapitres parisiens… Les plats ne font pas vraiment envie mais on se régale à chaque page, à chaque phrase. A noter l’excellente traduction de Michel Pétris qui donne tous son sel à ce récit incroyable dans les cafés et restaurants parisiens de ces années 20 à 30.

Ces pages font vivre l’Histoire beaucoup mieux que ne pourra jamais le faire le meilleur historien, y compris pour nous montrer un antisémitisme et racisme ambiant hallucinant sans que l’auteur ne trouve rien à redire tant il semble naturel et intégré à la société. Phrase terrible de menaces que celle-ci : « Fie-toi à un serpent plutôt qu’à un juif, à un juif plutôt qu’à un grec, mais ne te fie jamais à un arménien.»

Une semaine de travail d’un plongeur dans un grand restaurant est de 10 à 15 heures par jours six jours sur sept, voire le dimanche s’il manque des employés ! Et le temps restant est utilisé pour dormir ou pour boire. On imagine bien dans ces pages le ravage de l’alcool et des maladies.

C’est un grand livre méconnu et un récit à méditer car il redevient vraiment instructif et pertinent à notre époque troublée. Puissions-nous tous, nombreux, avoir un regard bienveillant sur tous les déshérités de la vie que nous serons amenés à croiser sur notre chemin et œuvrer à combattre une misère qui s’accroit actuellement dangereusement.

Mais sans aller jusque-là, c’est excessivement drôle… Une page au hasard, quand l’auteur et son ami Boris, Russe exilé cocasse, lorgnent une place dans un restaurant qui doit ouvrir incessamment, l’Auberge de Jehan Cottard, et rencontrent le futur patron et sa femme : « … une grosse Française mafflue, qui faisait peur à voir avec son teint cadavérique sur lequel se détachaient des lèvres écarlates – je ne pus m’empêcher de penser à un plat de veau froid aux tomates ».

Un régal malgré la cuisine peu apétissante !

Note avis bibliofeel mars 2019, George ORWELL, Dans la dèche à Paris et à Londres

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