15 AUTEURS DE BANDE DESSINÉE, Le crime parfait

Éditions Philéas, BD publiée en novembre 2022

112 pages

« Le crime parfait, c’est un crime sans faute et sans coupable. Parfois même sans victime avérée ! Il est le révélateur de l’intelligence d’un criminel… Ou celle d’un auteur adroit. »

Je suis très heureux de revenir sur ce recueil de « nouvelles dessinées », tout à fait remarquable, découvert en fin d’année 2022. 15 auteurs de bandes dessinées interprètent, chacun dans son style, le thème du crime parfait sous la forme de 11 histoires courtes de 10 à 12 pages.

Une danse ?, par Guess (Stéphane Girard) : dessins couleurs sépias (ambiance 19ème d’un bar dansant mal famé) ou vives (scène de la danse puis celle de la bagarre au couteau). La mornifle veut aller guincher au Perlimp’ avec Maurice, son « marle », un violent au langage fleuri surnommé Momo-main-lourde. Comme dans de nombreuses nouvelles, la fin rebat d’un coup les cartes. Une première histoire parfaite, illustrant l’intelligence du crime. Chaque histoire est suivie par un petit texte explicatif concernant les personnages et les faits. Cette BD peaufine aussi l’écriture, exemple :

« Né sur les hauteurs de Belleville d’une mère trop jeune et d’un père incertain, le petit Maurice avait très vite fait de la rue son domaine. Enfant, les bancs de l’école n’avaient guère usé ses fonds de culotte déjà bien minces, mais il avait trouvé à s’instruire à même le pavé. Avec sa bande de minots crottés, il avait perfectionné son adresse en jetant des pierres aux chats errants.»

Le crime de Séraphin Bouchet, par Richard Guérineau : ambiance bleu nuit puis petits matins blêmes dans une clarté rose. Séraphin a l’amour du travail chevillé au corps, la rigueur et la passion des mécanismes de précision, une tradition dans la famille. Vous avez deviné… Il officie à la guillotine ! C’est un véritable « bourreau de travail » à une époque où la police lui envoie de plus en plus de clients répondant ainsi à l’essor du crime. Difficile à concilier avec le travail bien fait ! Le burn-out le guette… Le talent et l’humour sont réunis pour illustrer le crime et sa surprenante punition.

« Le nom de Séraphin Bouchet est tombé dans l’oubli. Pourtant notre époque surmenée, étourdie par les sirènes du productivisme, ferait bien de le ressortir des archives alors qu’elle commence à interroger douloureusement son rapport au travail. Séraphin pour son malheur, représente le premier cas de burn-out caractérisé. »

Cry me a river, par Iñaki Holgado & A. K. Seltzer : Revanche d’une femme sur des hommes violents ou cupides, traitant celle-ci comme un objet, un être inférieur dont on dispose à sa guise… Ambiance 1939 déclinant dans les classes aisées un thème traité dans l’histoire d’introduction !

12h30, par Christophe Chabouté : le crime parfait c’est, en tête de gondole, le mystère non élucidé de John F. Kennedy permettant à notre société gouvernée par le spectacle médiatique de vendre journaux, films, livres… à l’infini… Revisité ici dans un dessin très original, noir et blanc à l’encre pure, sans nuance de gris et avec peu de détail. Texte direct, laconique et percutant. Tout ou presque est dit dans l’économie des moyens !

« L’exploit, c’est de parvenir à trouver une mort encore plus romanesque que n’aura été sa vie. Rien ne vaut un mystère non élucidé pour rester dans les mémoires. »

Le train pour Paris, par Pascal Rabaté : une BD qui joue de la réplique « assassine », du cadrage, du trait décisif… Ah ! La veste quadrillée d’Adrien c’est quelque chose !!! Un père retrouve brutalement un fils qu’il n’a jamais vu auparavant. Petitesse, voire bêtise crasse dans ce crime. Ambiance ferroviaire propice au fantasme du crime !

« Un jour, au milieu de son courrier habituel, un bouquet de factures et de catalogues de produits miracles, il trouva une lettre. La nouvelle de sa paternité le surprit, mais c’était une bonne surprise. »

L’aveu, par Jean-Philippe Peyraud & Cyril Liéron : j’ai apprécié le bleu gris et les quelques apparitions de rouge soulignant les moments clés et l’action. Le scénario est tordu, mais pas trop, avec la fin surprenante comme il se doit. Une femme dans l’intelligence de la vengeance. Elle ne veut pas se faire prendre et fera ce qu’il faut pour ne pas aller en prison. Je n’avais rien vu venir !

Le pépère, par Emmanuel Moynot (auteur de Nestor Burma…) : une de mes préférées ! En noir et blanc avec de belles nuances de gris. L’auteur joue du double sens, cela donne des répliques savoureuses, surtout à la relecture quand on connaît la chute. Le pépère et Vanessa s’imposent d’emblée dans ce crime parfait des bas fonds.

« Puis il y eut Sophie, bien des années après, quand il ne pensait plus séduire encore. Cette histoire l’avait pris par surprise. C’était une femme bien, elle aussi, une jolie blonde qui aimait les fleurs. Mais c’était trop tard, l’habitude était prise. »

Le crime parfait, par Christian De Metter : La dernière histoire, éponyme du recueil, se présente comme une réflexion sur l’art, la liberté et la vie. Pas de texte final mais un tableau et de la couleur comme un flash de vie et d’espoir. En dix pages De Metter clôt superbement un album dans lequel il sera bon de se replonger…

Trois histoires m’ont moins plu : Meurtres en abyme par Tony Sandoval & Miceal O’Griafa, Le perfectionniste par Jean-Paul Krassinsky et Danse macabre par Cyrille Pomès : exploration de la folie meurtrière, du morbide, de l’esthétique de la mort… Pas trop pour moi mais c’est l’atout de cet album collectif de permettre une approche de différents styles.

La belle couverture rouge et noire, au gros titre blanc, est signée Nicolas Barral. Et en bonus on a la possibilité de prolonger la visite en découvrant des albums de l’un ou l’autre des auteurs. Pour ma part ce sont Guess et Emmanuel Moynot qui sont mes préférés ici, même si l’ensemble se lit d’un bout à l’autre avec plaisir. Et vous, lequel de ces auteurs connaissez-vous ? Quel album conseillez-vous ?

Notes avis Clesbibliofeel mars 2023, 15 auteurs de BD, Le crime parfait

6 commentaires sur “15 AUTEURS DE BANDE DESSINÉE, Le crime parfait

  1. Sympa cette bd autour d’un thème proposé à divers auteurs. Sinon pour les idées de meurtre, il suffit d’écouter France Info 😉
    Muchacho de Emmanuel Lepage, Carbone et Silicium de Mathieu Bablet, Blacksad de Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido sont des œuvres qui m’ont marqué tant par le graphisme que par l’histoire. Carbone et Silicium est un chef d’œuvre en SF anticipation.

    Aimé par 1 personne

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