Stephan ZWEIG, Les Très Riches Heures de l’humanité

Traduit de l’allemand par Alzir Hella.

Livre de Poche, édition 16, édité en mai 2019.

Première édition en France chez Grasset, en 1939 sous le titre « Les Heures étoilées de l’humanité ».

S’il y a un traducteur dont il faut dire quelques mots c’est bien Alzir Hella ! Pour une fois je vais reprendre ce qui est écrit sur lui avant la préface : « Correcteur d’imprimerie, syndicaliste et anarchiste, Alzir Hella (1881-1953) fut à la fois le traducteur, l’agent littéraire et un ami très proche de Stephan Zweig, qu’il contribua à faire connaître en France. Comme l’a écrit Dominique Bona, « Alzir Hella accomplira au service de l’œuvre de Zweig un travail considérable pendant de longues années, et lui amènera un de ses publics les plus enthousiastes ». Alzir Hella traduisit également d’autres auteurs de langue allemande, notamment À l’ouest rien de nouveau d’Erich Maria Remarque. »

Le titre allemand « Sternstunden der Menschheit » avait été traduit littéralement par « Les Heures étoilées de l’humanité » (dans l’idée des grands moments…). Zweig pensait mettre le sous-titre : « Miniatures Historiques », ce qui n’a pas été possible car Alzir Hella avait fait publier un peu rapidement le livre en France alors que l’auteur était parti aux États-Unis début 1939 (voir Anne-Elise Delatte, thèse d’études germaniques, 2006, page 139). C’est en 1989 qu’une nouvelle traduction des éditions Belfond a donné « Les très riches heures… ».

Zweig a écrit la préface où il dit entreprendre de faire revivre ces heures porteuses de destin : «… un seul oui, un seul non, un geste avancé ou retardé rend cette heure irrévocable pour cent générations et détermine la vie d’un individu, d’un peuple ou même la destinée de l’humanité entière ». La première traduction de 1939, réalisée par Alzir Hella ne comprenait pas la Préface de Stefan Zweig, ni les trois textes indiqués par un astérisque *.

La prise de Byzance : Zweig fait le récit épique de la prise de Constantinople (nom romain de cette cité auparavant grecque) par les turcs de Mahomet le 29 mai 1453. Il explique comment, de capitale de l’Empire romain puis citadelle isolée de la puissante Venise, elle est devenue la fragile forteresse en proie aux dissensions entre Venise, Gênes et les autres pays d’Europe. Les turcs auraient pénétré par une petite porte laissée ouverte par négligence. C’est ainsi que la cathédrale Sainte-Sophie a été transformée en mosquée… et la puissance turque d’exercer son influence mondiale pour longtemps ! Un récit dont on voit toute l’actualité avec Erdogan et sa volonté d’expansion.

La fuite dans l’immortalité : récit de la conquête de l’Amérique par ces grands aventuriers et bandits, mis à l’honneur dans nos livres d’histoire. Vasco Nuñez de Balboa est ce conquistador qui, rebelle au roi, connaîtra la gloire en traversant l’isthme conduisant vers la mer du sud le 25 septembre 1513 (découverte de l’océan Pacifique), puis sera exécuté pour laisser toute la place à Francisco Pizarro dans cette course aux conquêtes et aux pillages.

La résurrection de Georges-Frédéric Haendel : le grand musicien est terrassé a 52 ans par une attaque d’apoplexie, le côté droit est paralysé. Il va vivre quatre mois dans l’incapacité de se mouvoir. A la sortie de son abîme, il écrit « Le Messie » le 21 août 1741.

Le génie d’une nuit : histoire de la naissance de l’hymne national. Un homme modeste et sans génie, Rouget de Lisle, passe à la postérité en composant dans la nuit du 25 avril 1792 le chant de guerre pour l’armée du Rhin qu’on lui a commandé. En fait, ce sont les volontaires marseillais en route pour Paris qui l’adoptent, en juillet 1792, dans cette guerre contre la coalition des rois et des empereurs.

La minute mondiale de Waterloo : Stephan Zweig raconte la bataille de Waterloo le 18 juin 1815 à travers le destin du maréchal Grouchy. Celui-ci a reçu l’ordre de rechercher les Prussiens dans la direction indiquée par Napoléon. Instructions qu’il va suivre à la lettre alors que le bruit des combats est perceptible, les troupes anglaises ayant engagé une bataille décisive avec celles de Napoléon. Attaqués de flanc par les Prussiens qui ont totalement échappé à Grouchy, la défaite devient historique.

L’Elégie de Marienbad : le poète Goethe a 74 ans quand il envisage le mariage avec la jeune Ulrike von Levetzow qui a seulement 19 ans… Cela ne se fera pas. Il compose alors le 5 septembre 1823 ce grand poème d’amour, célèbre en son temps, comme un adieu adressé par la vieillesse aux espérances enfuies des jeunes années.

La découverte de l’Eldorado : c’est l’histoire de Johann August Suter en marche vers la Californie, faisant fortune puis découvrant de l’or sur ses propriétés en janvier 1848. Cette date marque le début de la fin pour lui. Il va vite être broyé, lui et toute sa famille, par la vague de cupidité déclenchée par sa découverte. 

Instant historique : c’est un poème que présente ici Zweig afin de commémorer ce terrible 22 décembre 1849 à Saint-Pétersbourg. Le célèbre écrivain Dostoïevski fut condamné à mort pour avoir participé à des réunions révolutionnaires puis gracié au dernier moment par le tsar Nicolas 1er. Celui-ci aurait organisé ce simulacre afin de lui donner une leçon !

Le Premier Mot qui traversa l’océan* : récit épique de la pose des premiers câbles télégraphiques de communication entre l’ancien et le nouveau monde, selon les termes utilisés à l’époque. Après bien des échecs, cette pose est réalisée le 28 juillet 1858.

La Fuite vers Dieu* : Tolstoï a exprimé son enfer familial dans la pièce inachevée « La lumière luit dans les ténèbres » qu’il écrit fin octobre 1910. Zweig imagine et nous présente la fin de cette pièce.

La lutte pour le pôle Sud : le capitaine Scott et ses compagnons ont atteint le pôle sud le 16 janvier 1912, juste après le passage d’Amundsen. Scott et son groupe n’ont pas réussi à attendre le pôle en premier. Ils ne rentreront jamais de ce voyage, victimes de la fatigue et des intempéries.

Le Wagon plombé* : Lénine, exilé en Suisse, rentre dans son pays le 9 avril 1917 suite à la nouvelle de grèves et de révoltes en Russie.

On pourrait continuer cette liste des grands moments de l’humanité. Pour ma part j’ajouterais l’appel du Général De Gaulle le 18 juin 1940, le discours de Martin Luther King « I have a dream » prononcé le 28 août 1963, la libération de Nelson Mandela le 11 février 1990 après plus de 27 ans de prison…

Mais j’ai en mémoire bien plus de moments sombres que « d’Heures étoilées » ou « de Riches Heures ». Alternance de jours et de nuits, de lumières et de crépuscules plus ou moins intenses, ceci depuis que les hommes et les femmes occupent cette belle planète. Et vous, quels évènements ajouteriez-vous ?

J’ai trouvé passionnant de découvrir ces « miniatures historiques », vues par Stephan Zweig avec la complicité de son traducteur et ami Alzir Hella, à la confluence de la littérature, de l’histoire et de la mémoire. De très riches heures de lectures surtout si on prolonge, comme moi, les recherches sur tous ces sujets !

Notes avis Bibliofeel août 2020, Stephan Zweig, Les Très Riches Heures de l’humanité

11 commentaires sur “Stephan ZWEIG, Les Très Riches Heures de l’humanité

    1. Oui tout à fait. C’est ce que je fais souvent ! J’aime prolonger ainsi la rencontre avec l’auteur, sa pensée, sa vie, son époque, son pays… Cela fait beaucoup de choses !

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  1. Quel billet passionnant ! Je ne connaissais pas le traducteur Alzir Hella et sa contribution au rayonnement de l’oeuvre de Zweig. J’ai ce livre dans ma bibliothèque, et il devient évident qu’après avoir lu cette chronique, je vais allégrement sauter le pas. Je trouve ces événements vraiment intéressants et très différents les uns des autres. J’ai lu récemment « L’or » de Blaise Cendrars qui retrace l’histoire de Suter, qui m’a beaucoup plu. A la question de savoir quel événement je rajouterais. Au risque d’être peu original, j’évoquerais volontiers la chute du mur de Berlin ou encore la création de l’ONU

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    1. Commentaire très enthousiaste et intéressant qui me ravit. Alzir Hella et Stephan zweig forme une sorte de binôme littéraire tout à fait étonnant. Il y a beaucoup de choses à en dire et j’y reviendrai prochainement. Merci pour cet échange et bonne lecture de ce grand auteur dont il me reste beaucoup à découvrir !

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  2. La description du livre extrêmement bien traduit m’a donné envie de le lire . Je suis au milieu du livre , emportée dans l’histoire par les récits détaillés de Zweig sur des événements dont je découvre toute l’importance .

    Aimé par 1 personne

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