Éditions Quadrature, paru en février 2026
156 pages

J’aime beaucoup l’écriture d’Axel Sénéquier, un auteur suivi depuis pas mal d’années, que j’ai eu le plaisir de rencontrer en marge du Prix du livre Orange 2024. Douze récits sont présentés dans ce nouveau recueil de nouvelles, genre ou il excelle, où l’enfance surgit à un moment ou un autre. On ne guérit jamais de son enfance, dit le poète. Peut-être est-on artiste pour ne pas vouloir, ne pas pouvoir sortir de cet état ?
Il est des rêves brisés que ce soit à cause de rêves trop grands de carrière artistique au sommet, d’obstacles placés plus tard sur le chemin, trop hauts pour espérer les franchir ou encore d’un abus sexuel pendant l’enfance qui poursuit ses ravages psychologiques…
Dans Écrivain fantôme, Aliénor veut publier à son nom mais fini par accepter d’écrire un ouvrage sous la signature d’un ministre visant l’Élysée : récit d’un renoncement, d’une compromission. Les chevaliers du zodiaque introduit Cyprien, auteur à succès, figure de la jet set parisienne affichant son mépris pour Cherifaa, une femme au nom à consonance arabe qui s’est rêvée artiste. Dans Carnets de grossesse, une jeune femme tente de se reconstruire après un viol, écrire fait affleurer des souvenirs enfouis dans l’enfance. Dans Conservation du littoral, Delphine rêvait défense de la nature. Mais les obstacles vont la conduire dans une toute autre direction. Elle a échoué au concours, un autre candidat pistonné – un homme, lui est passé devant. Maintenant, elle applique ses dons de méthode et de rigueur, avec son collègue et complice Émilien, à expulser des familles de leur logement pour le compte de sociétés immobilières se moquant des lois.
Parfois, les yeux perçoivent Le reflet du soleil de l’enfance. Dans La parole à la défense, une journaliste rencontre une avocate célèbre pour écrire son article sur le quotidien d’une personnalité locale. Les circonstances – agression de l’avocate – vont la conduire à intervenir et à se racheter d’une injustice dont elle avait été partie prenante, dans son enfance, sans qu’elle trouve alors la force de réagir. Le reflet du soleil dans un morceau d’enfance est la nouvelle éponyme du recueil. Je l’ai vraiment beaucoup aimé cette histoire qui a pour cadre un Comedy Club du lyonnais. (Lors du festival Quais du Polar j’ai constaté l’existence de nombreuses petites salles où on présente du stand-up de qualité.) L’ambiance est parfaitement rendue ici avec une belle réflexion sur la fonction du rire, sur la difficulté pour les femmes de rivaliser à égalité de chance avec les hommes, dans ce domaine comme tant d’autres, quel que soit leur talent. Ici Aïssata, Margot, Shaynna et Anne-Clarisse inversent le cours des choses.
« C’est une soirée entrée gratuite mais sortie payante ! On vous attendra à la sortie avec un chapeau, vous mettrez ce que vous voudrez à l’intérieur. Mais sachez que, si vous êtes radins, on criera votre nom et le montant que vous donnerez. Si vous ne voulez pas que tout Lyon sache que vous êtes une pince, soyez généreux ! Déjà conquise, la foule, constituée d’amis et de connaissances, riait aux éclats. »
Dans Capacités divinatoires Jean-Gabriel s’avoue piètre séducteur, rien ne l’intéresse à part l’écriture. Quand il rencontre à un bar une serveuse qui rêve de faire du théâtre, le jeu prend le dessus. Séduction, mensonges, vérité du JE, du JEU… Voilà bien relatées les difficultés de l’artiste à l’étroit dans le quotidien, il lui faut un monde plus grand, le rêve se heurte à la vitre.
« Il n’y avait rien au-dessus de la littérature, du théâtre ou du cinéma. Ses personnages l’obsédaient, raconter des histoires qui bouleversaient les gens et ne mourraient jamais était toute sa vie. Lorsqu’il écrivait il élargissait l’horizon. Le reste c’était de l’intendance. »
Le fantastique s’invite aussi dans ce recueil qui regorge de surprises. C’est un bonheur de retrouver la démesure des contes pour enfant. Dans Le prince de Guilvinec, très réussie, on vise la réparation des solitudes d’un vieil homme et des injustices de l’enfance. J’ai pensé au Petit Prince de Saint-Exupéry. L’auteur est particulièrement à l’aise pour exploiter cette voie dans La forêt des suicidés, une plongée dans l’imaginaire, aussi radicale que ces désespérés venant plonger dans des trous sans fonds présents dans cette drôle de forêt – la mort comme perte radicale des reflets du soleil. Clémence est-elle là pour les pousser, comme elle le propose, ou pour leur redonner le goût de vivre ? L’auteur évoque t-il alors le rôle de l’écrivain, écrivant pour la beauté de la vie et non apôtre des passions mortifères ? Une haute idée de la littérature ( de l’art…) que je partage.
« La forêt regorgeait de fantômes et personne n’osait s’y aventurer. Le matin, dans le sous-bois, seule Clémence, en ouvrant les volets de sa maison minuscule, émettait un son humain qui se mêlait aux bruits de la nature. Elle arrosait ses plantes, buvait un café et s’assurait que les boules de graisse destinées aux geais et aux grives n’étaient pas terminées. Puis, chaque jour, tel un braconnier qui relève ses pièges, elle partait faire le tour des trous. »
Enfant, Axel Sénéquier rêvait de devenir clown, explorateur, astronaute ou gangster, tout sauf adulte. Il a publié neuf livres et trois pièces de théâtre. Il s’agit de son troisième recueil chez Quadrature après Les héros ne portent pas de slip rouge (2014) et Le bruit du rêve contre la vitre (2021). Il a également publié en 2021 « Qui a tué Cloves », magnifique livre racontant la prise en charge des victimes d’une maladie orpheline et des reconstructions quasi miraculeuses grâce aux recherches de son frère à l’hôpital Necker-Enfants malades. Merci Axel de nous communiquer tes rêves d’adulte qui ne s’est pas trop éloigné de ses rêves d’enfant. Le lecteur peut alors méditer sur les reflets de ses propres espoirs…
Notes avis Bibliofeel, avril 2026, Axel Sénéquier, Le reflet du soleil dans un morceau d’enfance

quel titre en tout cas !
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C’est un auteur qui soigne aussi ses titres, et cela j’aime aussi !
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Il excelle vraiment dans l’art de la nouvelle !
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