Sous-titre : L’obscurité sous un jour nouveau. Une balade nocturne et mystérieuse dans la nature.
Éditions de Terran, paru en septembre2025
144 pages

Photomontage avec chouette effraie, une des 26 aquarelles du livre, sur photo de Loire par temps de neige à la nuit tombante.
J’ai parcouru avec plaisir (vue, toucher…) ce beau livre, avec son titre principal NUIT en relief et une des belles aquarelles de Franck Rollier reproduite sur la tranche. Puis le texte de Bernard Farinelli m’a entraîné dans le monde magique de la nuit, si délaissé à notre époque, les illustrations somptueuses en soulignant la beauté. A noter la belle qualité d’impression, avec des encres végétales sur du papier d’exception « Munken Print White 150 g », les 25 reproductions d’aquarelles méritant bien ce traitement.
Mesure-t-on vraiment l’impact de la lumière artificielle sur le vivant ? La nuit est de plus en plus éclairée, les nocturnes de toute sorte sont à la mode, l’argument coup de poing sécurisation de l’habitat et des rues mis en avant pour rejeter la défense de la nature. Et pourtant nous sommes imbriqués dans le vivant, toute atteinte à celle-ci nous atteint également. «… Trop de lumière artificielle influe sur le rythme biologique et sur la régulation hormonale et, selon les recherches actuelles, provoque une longue litanie de troubles – humeur, sommeil, cancers, altération des fonctions cognitives, dépression… ». J’ai appris ici qu’il existe des « Réserves internationales de ciel étoilé » sigle RICE, vastes territoires reconnus pour la qualité de leur ciel nocturne, la visibilité des étoiles, label en lien avec les enjeux liés à la biodiversité nocturne. Depuis 2018 des prescriptions en matière de gestion de l’éclairage nocturne existent mais « leur réalisation est lente et incomprise d’une partie de la population. »

La peur de la nuit est ancestrale et l’absence d’éducation à la nuit n’arrange pas les choses. Les dangers, bien réels à une époque reculée, se sont conjugués avec des croyances religieuses, le bien et le mal répartis entre des animaux jugés fastes ou nuisibles. L’auteur nous présente ensuite ces acteurs de l’ombre : belette, hermine, fouine, martre, blaireau, oiseaux migrateurs… Comme lui j’ai eu la chance de voir un vol de plusieurs centaines de grues cendrées venant passer l’hiver. Quel spectacle grandiose ! Toute la famille, présente à ce moment magique, en garde un souvenir émerveillé.
Nous avons la chance de suivre les observations de l’auteur dans ses veilles nocturnes avec quantité d’anecdotes sur les seigneurs de l’obscurité : rapaces nocturnes, loup, lynx, ours, chauves-souris. Des éléments objectifs font la part des idées reçues et de la réalité. Bernard Farinelli énonce et précise les diverses manières de nuire aux nocturnes : par la prédation, la collision, le piégeage, le braconnage, la chasse. La route est meurtrière avec plus de trois mille décès par an « La nuit en comptabilise près de la moitié (46%) alors que le trafic routier est seulement de 10 %. ». La voiture est tout autant dramatique pour la faune. Sans nous étourdir de chiffres, l’auteur indique que la LPO estime à dix mille le nombre de chouettes effraies tuées sur les routes. « Mais on peut se demander pourquoi ne sont pas obligatoires des avertisseurs à ultrasons qui ne coûtent que quelques euros – insonores et automatiques, ils équipent de nombreux véhicules au Canada – , ainsi que la replantation de haies en bord de routes pour que les oiseaux volent haut et ne soient pas aspirés par le trou d’air des voitures. »
J’ai découvert, sans être vraiment surpris, que la dernière enquête de l’ONCFS sur le piégeage datait de 1997… Je suis bien placé, ayant œuvré longtemps dans ce secteur, pour savoir que les moyens de ce service d’État en charge de la chasse et des forêts ont été considérablement réduits. Au-delà des discours, les budgets consacrés à la biodiversité restent faméliques, quelque 0,1 % du PIB… Ceci explique certainement cette absence de chiffres et une moindre action dans ce domaine.
Si nombres d’animaux ont une bonne vision dans l’obscurité ce n’est pas le cas pour l’œil humain. L’observateur doit laisser le temps de l’accommodation de l’œil, le naturaliste utilisera des moyens techniques tels que jumelles à infrarouge et caméras à déclenchement automatique. Mais Bernard Farinelli l’affirme : « Écouter les bruits et les sons nocturnes est à la portée de tous. » L’aube est un moment idéal, la neige aussi. J’ai pu le constater dans la courte période de froid de ce début d’année.
Ce livre facile d’accès s’adresse à tous. Tout comme l’observation en pleine nature il demande de prendre le temps de la méditation. Comme d’autres récits naturalistes de qualité, il invite à vivre l’expérience du terrain et donne les clés concernant les préparatifs. Les passionnés iront en bivouac. Sans aller jusque-là on peut facilement organiser une observation des étoiles avec écoute des bruits nocturnes sur une terrasse lors de vacances à la campagne (souvenirs de soirées incroyables en Brenne ou en Touraine…).
J’avais chroniqué « Éloge de l’ombre » de Junichirô Tanisaki. Je fais le rapprochement : même sujet avec ce beau livre qui se termine par un chapitre « Éloge de l’obscurité ». Il y a une poésie de la nature pour qui sait la voir, pour qui veut la voir. Si la nature est belle le jour, la nuit la rend plus mystérieuse, plus poétique et philosophique (que serait la philosophie sans les étoiles, les astres, la lune ?). Avec ce livre la peur ne tient plus, l’émerveillement domine.
Bernard Farinelli est spécialiste en développement local, membre de plusieurs associations environnementales, chroniqueur, il a publié une trentaine d’ouvrages – dont plusieurs aux éditions Terran – sur les thématiques du monde rural, des arbres, des chemins…
Franck Rollier est diplômé de l’École nationale des Beaux-arts de Dijon, cet artiste s’est spécialisé dans la peinture naturaliste. Il est présent dans de nombreux salons internationaux d’aquarelle et des expositions animalières.
Notes avis Bibliofeel, janvier 2026, Bernard Farinelli et Franck Rollier, Nuit

