Julien SPIEWAK, Le chef-d’œuvre inconnu d’Honoré de Balzac

Éditions ESPACE_L, OCTOBRE 2021

Préface de Dominique Baqué, philosophe et critique d’art

136 pages

Je vous souhaite le meilleur pour 2022 sur le plan culturel, artistique, familial… Il m’a semblé intéressant pour cela de commencer l’année par une ode à la beauté à travers ce magnifique livre revisitant Le chef d’œuvre inconnu d’Honoré de Balzac. Julien Spiewak,  photographe inspiré et faiseur de miracle, parvient à insuffler la vie dans ces musées reflets du passé. Il nous rappelle que l’art nous est indispensable pour voyager hors du temps.  

« Le secret du relief, le pouvoir de donner aux figures cette vie extraordinaire, cette fleur de nature. »

Dans la première partie, des doubles pages présentent une citation de Balzac, extraite du chef d’œuvre inconnu avec sur la page de droite une photographie que l’artiste, spécialisé dans la photo d’intérieur, a réalisé dans un musée. On a donc du marbre, des toiles, des statues, de la marqueterie, des meubles d’époque et autre rampe d’escalier… Julien Spiewak apporte une touche de fantaisie, d’humour, de légèreté en ajoutant une partie du corps nu de modèles qu’il intègre dans sa photo.

Dans la seconde partie, l’auteur publie la reproduction du texte complet de Balzac, avec ses annotations, texte dont sont extraites les citations accompagnant ses photos. Il affirme lui-même sa stupéfaction en introduction : « On pourrait croire que j’ai pris ces photographies pour illustrer les citations de Balzac, c’est pourtant en lisant ses mots que j’ai redécouvert mes images… »

Rappel du sujet traité dans la nouvelle de Balzac, où nous découvrons une nouvelle facette du grand écrivain philosophant sur la puissance de l’art : Frenhofer est un peintre fictif, un peu fou, un peu démon. Il cherche la perfection. Sur le tableau, qu’il n’acceptera de montrer qu’à la toute fin du récit à Poussin et Porbus – deux peintres classiques du XVIIe siècle –, il ne veut pas seulement obtenir une reproduction d’une femme, il prétend obtenir du miroir de la toile une image plus vraie que la réalité. Il peint La Belle Noiseuse mais, pour la touche finale, il a besoin du modèle idéal. Nicolas Poussin propose au vieux maître de faire poser la femme qu’il aime, la belle Gillette. Le tableau ainsi terminé s’offre alors à Poussin et Porbus : sous le chaos des lignes et des couleurs, seul un pied est visible. Frenhofer est l’alchimiste en quête d’un absolu inatteignable et pourtant il est sûr de pouvoir l’atteindre jusqu’au dénouement où tout s’effondre. Il brûle la toile et se suicide.

« Je ne saurais croire que ce beau corps est animé par le souffle tiède de la vie. Il me semble que si je portais la main sur cette gorge d’une si ferme rondeur, je la trouverais froide comme du marbre. »

La troisième et dernière partie montre des photographies prisent dans la Maison de Balzac à Paris, conclusion-hommage au grand écrivain avec des bustes de Balzac doublés par les modèles, friction du marbre et de la chair, de la représentation et du vivant.

Les photos sont magnifiques et entrent en correspondance parfaite avec le texte de Balzac. La photographie, plus familière que la peinture, nous semble immédiatement interprétable. Il n’en est rien : la citation donne une tout autre dimension. Un peu plus d’attention encore et on s’attarde sur cette main du modèle contre la joue du buste de marbre ; sur ce bras marqué par le temps, imparfait donc vivant, contre un élément de bois torsadé ; sur cet autre bras qui sert d’embrasse au rideau. Discrètement le prénom des modèles est indiqué à côté du lieu et des œuvres présentées, la photographie captant ainsi l’instant où le temps s’élargit hors de sa dimension commune.

« Une vaste chaire de chêne sculptée. »

Le musée expose de la vie qui n’est plus, le photographe et ses modèles insufflent à nouveau cette vie. Julien Spiewak prend le risque d’être Frenhofer  mais comme le dit si bien Dominique Baqué dans la préface, un Frenhofer heureux, apaisé, ayant réussi son entreprise. Non sans garder le recul nécessaire, donné par la touche d’humour et la légèreté des réalisations. Les éléments de corps humains sont souvent à la marge de la photo, à tel point qu’il est difficile de les trouver. Sur l’une d’elles je cherchais depuis un bon moment avant de réaliser que le fond de la photo, représentant un chenet en bronze, était constitué d’un dos.

« Cette place palpite, mais cette autre est immobile. le vie et la mort luttent dans chaque détail : ici c’est une femme, là c’est une statue, plus loin un cadavre. »

Julien Spiewak travaille depuis 2005 sur une série ininterrompue de photographies intitulée corps de style, chez des collectionneurs privés puis dans des musées, en France mais aussi à l’étranger (Hollande, Italie, Brésil, Pays-Bas). Son travail a été exposé en France, en Corée du Sud, au Brésil, en Suisse, en Espagne, en Belgique et en Chine…

Je remercie vivement l’auteur pour la carte dédicacée que je conserverai précieusement ! Je suis ravi de la réception de ce livre, parmi tant d’autres retenus dans cette opération masse critique du site Babelio, qui m’a permis une nouvelle approche de la célèbre nouvelle d’Honoré de Balzac.

A lire également le blog « Les livres d’Eve » qui en parle très bien et communique parfaitement son enthousiasme :

Notes avis Bibliofeel janvier 2022, Julien Spiewak, Le chef-d’œuvre inconnu d’Honoré de Balzac

13 commentaires sur “Julien SPIEWAK, Le chef-d’œuvre inconnu d’Honoré de Balzac

  1. Bonjour,
    Merci pour cette belle découverte, je ne connaissais ni « Le Chef d’œuvre inconnu », ni Julien Spiewak. Je viens de parcourir le site Internet de ce dernier, que de poésie ! J’aime beaucoup cette idée d’intégrer les corps à l’art plus « institutionnel », aux musées…
    Mention spéciale pour ton commentaire « l’art nous est indispensable pour voyager hors du temps »… Une belle pensée pour commencer 2022 !

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Lilly. Merci pour ton commentaire qui me ravit. C’est exactement ce que je voulais transmettre dans cette courte chronique. Ce livre est précieux. Il va trouver une belle place à côté de mes Balzac. Je vais aussi surveiller les prochains lieux d’exposition de Julien Spiewak… Belle journée !

      Aimé par 2 personnes

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