Hugo PAVIOT, Les Oiseaux rares

Éditions du Seuil, paru en janvier 2020 Avec un bandeau indiquant comme un sous-titre : « Quand des rencontres inespérées bouleversent nos vies »

Le beau mimosa est en fleur ! Comme la promesse de retour des beaux jours après l’hiver. Dans le langage des fleurs, il symboliserait les amours secrètes, l’amour non assuré ou au contraire la sécurité affective… Poétique et dans le ton du livre !

Enfin un coup de cœur pour un livre de parution récente. Oui, c’est arrivé ! Je n’avais pas eu cette chance depuis un moment. Le titre est intriguant et le bandeau bienvenu pour donner une direction à ce que le lecteur va découvrir au fil des chapitres. Les oiseaux rares sont-ils ces rencontres inespérées ? Hugo Paviot est assez habile pour ne pas donner toutes les clés immédiatement ; les rencontres décisives se préparent, se méritent, et il faut le plus souvent faire preuve de patience, même si la chance joue un rôle important. J’ai beaucoup aimé ce récit pour les thèmes très actuels qu’il traite et pour la qualité de narration.

Achir, jeune algérien, peine à trouver sa voie en Algérie. Il aide son oncle qui possède un garage. L’écriture est diablement efficace, prenant son temps ou accélérant vivement, selon l’action : « Le soleil monte et ressemble maintenant à un citron derrière la vitre. La police attend au carrefour. Ralentir. »

Sihem, vingt-trois ans, Franco-Algérienne, étudie dans un établissement pour élèves décrocheurs en banlieue parisienne. « Il y a un prof pour douze élèves et on les considère comme des personnes. » Elle loge dans une résidence autonomie où elle fait la connaissance d’Émile, dit Zapata, quatre-vingt-deux-ans, un esprit rebelle et une généalogie incroyable touchant même à l’Histoire révolutionnaire mondiale, rien de moins ! A travers lui, passe le thème de la transmission.

Rose dirige cette résidence autonomie Auguste-Blanqui à Vitry-sur-Seine qui accueille des habitants venus de tous les continents. « Elle se sent utile. » Se sentir utile, à sa place dans son activité, autre thème fort de ce livre.

Hélène, prof principale de Sihem, va se ressourcer sur l’île d’Ouessant, elle en a bien besoin car ses élèves ne sont pas de tout repos. « Elle est une prof comme les autres, mais pas tout à fait. Elle regarde le phare de la Jument et se dit qu’elle aussi, peut-être, empêche ses élèves de s’échouer sur les récifs d’une société hostile. »

J’ai apprécié la construction du récit avec peu de personnages, ce qui permet de se sentir proche d’eux. Très vite un lien s’est tissé et j’ai eu envie de retrouver au plus vite Sihem, Achir, Émile, Hélène et Rose. J’ai bien eu des doutes sur ce qui pourrait advenir, au fur et à mesure de la progression de l’intrigue, surtout dans les toutes dernières pages. Encore réussi ! La surprise, les questionnements ont constitué un nouveau motif d’intérêt et au final de satisfaction.

La richesse des lieux est là avec une narration qui va de la banlieue parisienne à Ouessant et à Alger la Blanche. Le parcours n’est pas forcé et correspond totalement à l’intrigue. Pas de séjour gratuit. Je n’en dis pas trop, l’intérêt du roman est justement de se laisser porter par ces nécessités de déplacement, de voyage, pas pour bronzer bête au soleil mais pour avancer dans la vie.

La nature est là également, appréciée surtout de ceux qui ne sont pas écrasés par leur passé, par leur destin incertain, et peuvent s’en imprégner. Hélène se passionne pour les oiseaux, observés à Ouessant : le chevalier solitaire, le pipit farlouse, la grive musicienne, la tourterelle turque, la rousserolle effarvatte, la locustelle fasciée, le pétrel tempête, le crave à bec rouge et bien d’autres aux noms comme des poèmes minuscules. Rose est associée à la vie apaisante de la forêt de Rambouillet et Achir à la mer, notamment lors de la partie de pêche avec son oncle, ainsi qu’à l’immensité du ciel étoilé.

Bienveillance, empathie… J’ai vite terminé ce livre sans refermer toutes les émotions qu’il m’a procurées. Celles-ci refont surface lorsque je tourne à nouveau les pages afin d’écrire cette chronique. J’éprouve beaucoup de respect et d’admiration pour Hugo Paviot qui développe des thèmes que beaucoup d’écrivains rejettent bien vite car jugés trop clivants, une partie des élites s’acharnant à rejeter l’humanisme, l’empathie, l’assistance aux plus faibles au rayon des reliques du passé. Mais justement c’est là, dans les questions qui font mal que se trouve souvent la littérature qui compte et qui restera…, si on réussit à échapper à la culture uniforme et aliénante qui menace.

Hugo Paviot joue avec les émotions et moi j’aime ça : « Si les gens savaient rêver, ils n’empêcheraient pas les autres de rêver. Ils ne les traiteraient pas d’idéalistes. Ils ne les tueraient pas pour faire taire à jamais la petite voix qu’ils ont eux-mêmes enfouie au fond d’eux à double tour. »

Hugo Paviot est né en 1972. Après des études littéraires à la Sorbonne, il a exercé plusieurs métiers avant de se consacrer à l’écriture théâtrale et à la mise en scène de ses textes. Il a notamment écrit et mis en scène Les culs de plomb, La Mante, et Vivre. Sa pièce Dans la peau a été jouée plus de 100 fois et a reçu un prix au festival d’Avignon 2007. Il est l’auteur d’une dizaine de pièces récompensées par plusieurs prix littéraires. Il a aussi écrit un recueil de poésie et traduit des auteurs espagnols contemporains.

Dans ce roman, il a mis beaucoup de son vécu : il anime lui-même des projets culturels en milieu scolaire, en prison ou auprès de personnes âgées. Il adresse d’ailleurs ses remerciements aux élèves et enseignants du micro-lycée de Vitry-sur-Seine où il dit avoir eu la chance de mener de nombreux projets.

Je découvre cet auteur et compte bien le suivre dans ses productions, même au théâtre si j’en trouve l’opportunité. Je recommande vivement la lecture de ce livre aux thèmes multiples, plutôt positif et qui fait un bien fou. On en ressort avec le plein d’énergie, c’est bon si cela se partage. Alors si vous le lisez, n’hésitez pas à me donner votre avis.

Notes avis bibliofeel février 2020, Hugo Paviot, Les Oiseaux rares

2 commentaires sur “Hugo PAVIOT, Les Oiseaux rares

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