Gunnar STAALESEN, La Belle dormit cent ans

Gaïa Editions, 2002 pour la traduction du norvégien par Elisabeth Tangen et Alexis Fouillet

Lu dans l’édition folio policier, janvier 2005

L’auteur et son héros VARG VEUM. Celui-ci a sa statue à BERGEN en Norvège, sur le lieu principal des intrigues

Voici un auteur qui compte dans le paysage des romans policiers nordiques. Gunnar Staalesen met en scène une nouvelle fois son héros, le détective privé Varg Veum, un enquêteur singulier, avec beaucoup de problèmes familiaux – divorcé, relations difficiles avec ses enfants, porté sur l’aquavit (alcool norvégien) et amateur de jazz ce qui ne gâte rien ! Il n’a pas d’arme, il utilise en cas de danger sa tchatche qui est redoutable, capable de perturber ses adversaires et ainsi de lui donner l’avantage. Il a travaillé auparavant dans les services de la protection de l’enfance, cela se sent. La psychologie est importante, les personnages rencontrés dans son activité sont intéressants et attachants, bien souvent maladroits et dépassés par leur destin. L’écriture est originale, les bons mots et l’humour sont au rendez-vous :

« Elle sourit à nouveau, mais c’étaient des sourires éclairs : ils allaient et venaient. Si par malheur vous cligniez des yeux à ce moment-là, vous pouviez les rater. »

« Varg Veum », titre présent sur le CD accompagnant un livre de la série : « Fleurs amères »

C’est un enquêteur très sympathique que l’on peut suivre, si on aime comme moi, tout au long des quelques 16 romans de cette série déjà écrits et traduits dans plusieurs langues. Le nom de Varg Veum est calqué sur une expression norvégienne (varg i veum, signifiant « loup dans le lieu sacré ») remontant au Moyen-Age, désignant un fauteur de trouble, voire un hors-la-loi. D’ailleurs la police officielle quand elle le croise, Vegard Wadheim par exemple, ne lui facilite pas toujours la tâche. Quand celui-ci lui demande si les gens se confient plus à un détective privé, il répond :

« En fait, c’est surprenant de voir à quel point les gens vident facilement leur sac, juste parce qu’ils ont en face d’eux quelqu’un sur qui ils pensent pouvoir compter – dans une certaine mesure. Parfois, ce n’est même pas nécessaire, il leur faut juste quelqu’un qui écoute, qui peut leur prêter une oreille, voire les deux. Pendant un moment. Et en ce sens, tu deviens presque une sorte d’assistant social, si tu vois ce que je veux dire. »

Héros solitaire, désabusé parfois, il reste malgré tout avide d’espoir et de justice . Au fond comme beaucoup d’entre nous et c’est certainement pour cela qu’il a un tel succès bien au-delà de la Norvège.

Tout commence ici par la mission de départ qui consiste à ramener en Norvège Lisa Halle, toute à la dérive de la drogue et de la prostitution. Excellente entrée qui se passe à Copenhague au Danemark. On va découvrir peu à peu les rapports compliqués entre la famille de Lisa, sa mère Vigdis et son père Niels Halle et la famille de l’ex petit ami de Lisa, Peter et ses parents Vera et Håkon Werner ainsi que sa sœur Ingelin. Peter a eu le tort de réveiller la belle du titre, je ne dévoile pas l’intrigue… puis de s’éclipser un peu trop vite, avide qu’il était de griller sa vie par tous les bouts. Il n’est pas revenu chez son employeur, le terrible Arve Jonassen, patron d’une entreprise en bâtiment. Les besoins de l’enquête vont conduire Varg Veum dans la villa de celui-ci, à la rencontre d’Irène Jonassen, une femme fatale délaissée, un couple sans enfant, qui entend se distraire au dépend du détective. Varg s’intéresse particulièrement aux trafics d’appels d’offres et de marchés publics. Arve Jonassen s’est fait une spécialité dans le coulage de matériaux (détournement et revente) lui permettant des gains substantiels.

Les allées et venues de Varg donnent lieu à bien des scènes à la fois oniriques et réalistes, de celles qui restent gravées dans la mémoire, preuve qu’on a là un grand romancier. La troublante Solveig hante les nuits et les jours du solitaire Varg. Mais elle n’est toujours pas disponible… Patience, patience car nous la retrouverons dans d’autres épisodes de la série.

Il s’agit du tome cinq des enquêtes de Varg Veum. L’histoire, relativement compliquée, est bien construite et le suspens tient jusqu’à la fin. L’auteur ne fait rien pour mâcher le travail du lecteur. Il faut suivre chaque personnage et lire dans les détails. Je conseille, surtout avec les noms norvégiens dont on est peu familier, de noter au départ les différents personnages et leurs rapports entre eux. Cela m’a aidé à comprendre le dénouement, une fin bien amenée et qui m’a surpris – c’est le but. Je trouve qu’il n’y a rien de pire que de terminer la lecture d’un roman policier et de ne pas totalement saisir la conclusion de l’enquête ou bien d’avoir compris dès les premières pages – cela m’est déjà arrivé…

Gunnar Staalesen est né à Bergen en Norvège, où se passe la plupart des enquêtes. La maison et les bureaux du détective existent – tout comme les lieux décrits par l’auteur – et attirent beaucoup de curieux. Les enquêtes de la série ont souvent donné lieu à des adaptations télévisées ou des films. La notoriété du personnage Varg Veum est telle à Bergen qu’il a sa statue. À travers la vie de Veum on peut en quelque sorte lire la vie de Staalesen, son humanisme, son attrait pour l’histoire et la vie sociale. Je conseille donc de découvrir cette œuvre, si ce n’est déjà fait, et de commencer par « La belle dormit cent ans » au titre sympathique. J’ai aussi beaucoup aimé « Pour le meilleur et pour le pire », une histoire de kidnapping sur fond de tours de banlieue ; « Fleurs amères » où il est question de déchets toxiques et de lutte écologique, livre accompagné d’un CD dont est issu le titre « Varg Veum » accompagnant ma chronique ; « Le loup dans la bergerie » ; « Anges déchus » ; « la femme dans le frigo » ou encore « Les chiens enterrés ne mordent pas »

Pour en savoir plus, voici une courte mais intéressante présentation de l’auteur par lui-même (CD accompagnant Fleurs amères)

Notes avis Bibliofeel mai 2020, Gunnar Staalesen, La Belle dormit cent ans

3 commentaires sur “Gunnar STAALESEN, La Belle dormit cent ans

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